Conseils aux parents

TDAH : pourquoi dois-je répéter 10 fois la même consigne ?

Vous lui demandez de mettre ses chaussures. Il vous répond « oui ». Deux minutes plus tard, il joue avec le chat.

Vous recommencez. Il vous assure qu’il allait justement le faire. Puis vous le retrouvez à chercher un jouet dans sa chambre.

Et vous finissez par vous demander :

« Mais puisqu’il sait parfaitement ce qu’il doit faire… pourquoi faut-il que je sois constamment derrière lui ? »

TDAH : pourquoi dois-je répéter 10 fois la même consigne ?

Ce matin encore, vous avez répété

Il est 7 h 42.

Vous devez partir dans huit minutes.

— Léo, mets tes chaussures.

— Oui !

Vous retournez chercher votre sac. Deux minutes plus tard, Léo n’a toujours pas ses chaussures. En revanche, il est accroupi dans l’entrée parce qu’il vient de retrouver une petite voiture sous le meuble.

— Tes chaussures, Léo.

— Mais oui, je sais !

Vous préparez les dernières affaires.

Lorsque vous revenez, il a posé une chaussure devant lui… et raconte quelque chose à son frère.

Cette fois, votre patience commence sérieusement à diminuer.

— Léo ! Tes chaussures ! Ça fait cinq fois que je te le demande !

Et là, peut-être que vous pensez : « Ce n’est quand même pas compliqué. Il a 8 ans. Il sait mettre ses chaussures. »

Effectivement, il sait probablement les mettre.

Mais ce n’est peut-être pas là que se situe la difficulté.

Chez un enfant avec un TDAH, connaître une tâche et parvenir à mobiliser les compétences nécessaires pour la réaliser au moment où elle est demandée, dans les conditions réelles du quotidien, ne sont pas exactement la même chose.

Cette distinction est importante.

Parce qu’elle nous fait passer de :

« Il sait le faire, donc s’il ne le fait pas, c’est qu’il ne veut pas. »

à :

« Qu’est-ce qui se passe entre le moment où je donne la consigne et celui où il devrait agir ? »

Et c’est là que nous commençons à pouvoir intervenir autrement.

Il sait le faire. Alors pourquoi ne le fait-il pas ?

Lorsqu’un enfant maîtrise une compétence, nous nous attendons naturellement à ce qu’il puisse l’utiliser lorsqu’il en a besoin.

Il sait mettre ses chaussures.

Il sait préparer son cartable.

Il sait se brosser les dents.

Il connaît la routine du matin.

Alors, lorsqu’il ne fait pas ce qu’on lui demande, une conclusion peut rapidement s’imposer :

« Il pourrait le faire s’il le voulait vraiment. »

Pourtant, avec le TDAH, la question n’est pas seulement celle de ce que l’enfant sait faire.

Le TDAH comporte notamment des difficultés d’attention et de distractibilité, auxquelles peuvent s’ajouter hyperactivité et impulsivité. Ces manifestations peuvent avoir des répercussions importantes dans le fonctionnement quotidien de l’enfant. C’est d’ailleurs ainsi que la Haute Autorité de Santé le décrit dans ses recommandations françaises de 2024.

Entre « j’ai entendu » et « je l’ai fait », il y a plusieurs étapes

Prenons une consigne très simple :

« Mets tes chaussures. »

Pour aller jusqu’au bout, l’enfant doit notamment se rendre disponible à la demande, interrompre ce qu’il faisait, conserver l’objectif suffisamment longtemps, commencer l’action et résister aux distractions rencontrées en chemin.

Puis il doit terminer.

Chez certains enfants avec un TDAH, une ou plusieurs de ces étapes peuvent être particulièrement fragiles.

Cela ne signifie pas pour autant que chaque oubli, chaque lenteur ou chaque refus s’explique par le TDAH.

L’âge, la fatigue, le contexte, les apprentissages déjà réalisés, la difficulté de la tâche ou encore ce qui se passe autour de la demande doivent aussi être pris en compte.

C’est précisément pour cela que je préfère partir d’une situation concrète plutôt que d’une explication toute faite.

À savoir

Savoir faire quelque chose ne signifie pas toujours réussir à mobiliser cette compétence au moment où elle est nécessaire.

Avant de répéter davantage, cherchons donc à comprendre où se situe précisément le blocage entre la consigne et l’action. 

Une consigne peut se perdre à plusieurs endroits

Dire « il n’écoute pas » décrit ce que nous voyons.

Cela ne nous explique pas encore ce qui se passe.

Et c’est une distinction essentielle.

Il n’était peut-être pas réellement disponible lorsque vous avez parlé

Votre enfant joue.

Depuis la cuisine, vous dites :

— Dans cinq minutes, tu ranges tes affaires, tu prends ton cartable et tu mets tes chaussures.

— Oui !

Quelques minutes plus tard, il joue toujours.

Son « oui » nous a donné l’impression que l’information avait été enregistrée.

Mais était-il réellement disponible pour traiter la demande ?

Entendre la voix de son parent et être suffisamment attentif pour transformer ce qu’il vient d’entendre en action sont deux choses différentes.

Il a commencé… puis autre chose a pris la place

Cette fois, votre enfant part réellement chercher ses chaussures.

Sur le chemin, il aperçoit le dessin commencé hier.

Il veut simplement le déplacer.

Puis il remarque un feutre sans bouchon.

Il cherche le bouchon.

Trois minutes plus tard, il est assis par terre devant ses feutres.

Et les chaussures ?

Elles ont disparu de son radar.

De l’extérieur, cela peut ressembler à de la mauvaise volonté.

Pourtant, chez certains enfants, cela peut aussi traduire une difficulté à maintenir l’objectif malgré les distractions qui apparaissent en chemin.

Parfois, le plus difficile est de commencer

Il sait ce qu’il doit faire.

Il sait comment le faire.

Il vous dit même :

— Oui, oui, j’y vais !

Pourtant, rien ne démarre.

C’est particulièrement déroutant parce que ce même enfant peut parfois réaliser exactement la même tâche très facilement dans un autre contexte.

Nous avons alors intérêt à regarder ce qui change : l’activité qu’il doit interrompre, la fatigue, le moment de la journée, le niveau de stimulation, la présence ou non d’un repère extérieur…

Autrement dit, « il l’a déjà fait tout seul » ne suffit pas toujours à comprendre pourquoi il n’y arrive pas aujourd’hui.

Quand nos rappels deviennent une partie de la routine

Face à tout cela, les parents font généralement quelque chose de parfaitement logique :

ils compensent.

— Habille-toi.

— Ton pantalon.

— Maintenant ton pull.

— Tes chaussettes.

— N’oublie pas ton cartable.

— Ta gourde !

— Et tes chaussures maintenant.

Et ça fonctionne.

L’enfant finit par être prêt.

Seulement, à force, le parent peut progressivement devenir le système d’organisation extérieur de son enfant.

« Si je ne suis pas derrière lui, rien ne se fait »

Cette phrase revient énormément.

Et elle mérite qu’on s’y arrête.

Parce que parfois, ce n’est plus seulement l’enfant qui réalise sa routine.

C’est le parent qui en porte une grande partie :

je sais quelle étape vient ensuite ;
je remarque qu’il s’est arrêté ;
je lui rappelle ce qu’il devait faire ;
je le relance ;
je vérifie.

Cela ne signifie pas que le parent a créé le problème.

Très souvent, il a simplement trouvé, jour après jour, le moyen de faire fonctionner la famille malgré les difficultés.

Mais si nous voulons maintenant développer l’autonomie de l’enfant, une nouvelle question apparaît :

Comment transférer progressivement une partie de ce que le parent porte vers l’enfant et son environnement ?

Concrètement, comment arrêter de répéter toute la journée ?

L’objectif n’est pas de dire à votre enfant :

« Maintenant, débrouille-toi. »

Il s’agit plutôt d’identifier l’aide dont il a réellement besoin.

Les conseils de l’Assurance Maladie destinés aux familles vont d’ailleurs dans ce sens : instaurer des routines et des repères temporels, donner des consignes simples et claires et fractionner les demandes afin que l’enfant puisse accomplir les tâches successivement.

1. Obtenir son attention avant de donner la consigne 

Si votre enfant est complètement absorbé par une activité, évitez autant que possible : 

— Mets tes chaussures ! 

lancé depuis l’autre bout de la maison. 

Approchez-vous. 

Appelez-le. 

Vérifiez qu’il est suffisamment disponible. 

Puis donnez une consigne courte : 

« Léo, mets tes chaussures. » 

Vous augmentez ainsi les chances que la demande soit réellement reçue avant même de vous demander comment la faire respecter. 

2. Réduire la quantité d’informations 

Comparez : 

« Mets tes chaussures. » 

avec : 

« Va mettre tes chaussures, prends ton cartable, ta gourde, ton manteau et après tu m’attends devant la porte. » 

La seconde demande paraît parfaitement simple à un adulte. 

Pourtant, elle nécessite de conserver et d’organiser plusieurs informations. 

Selon l’âge et les difficultés de l’enfant, il peut être beaucoup plus efficace de fractionner. 

3. Faire sortir certaines informations de la tête du parent 

Si vous dites chaque matin : 

— Habille-toi. 

— Brosse-toi les dents. 

— Prépare ton cartable. 

— Mets tes chaussures. 

alors une partie de la routine existe principalement dans votre tête et dans votre voix. 

Comment la rendre accessible autrement ? 

Une courte check-list, quelques étapes visuelles ou une routine affichée peuvent parfois prendre progressivement le relais. 

Mais attention : le but n’est pas de fabriquer un magnifique planning qui restera trois semaines sur le réfrigérateur sans que personne ne le regarde. 

Un support n’est utile que s’il répond à une difficulté précise, si l’enfant sait s’en servir et si nous l’aidons progressivement à l’utiliser. 

4. Remarquer précisément ce qui fonctionne 

Votre enfant regarde sa liste et prend son cartable sans rappel. 

Plutôt qu’un simple : 

— C’est bien ! 

vous pouvez lui dire : 

« Tu as regardé ta liste et préparé ton cartable sans que j’aie besoin de te le rappeler. » 

Vous lui indiquez précisément ce qu’il vient de réussir. 

Cette logique est cohérente avec la place accordée en France aux interventions psychoéducatives et aux programmes d’entraînement aux habiletés parentales dans l’accompagnement du TDAH. La HAS les inscrit parmi les interventions non médicamenteuses ; l’Assurance Maladie indique que les PEHP visent notamment à aider les parents à comprendre les difficultés de leur enfant et à mettre en œuvre des stratégies adaptées aux situations difficiles. 

À tester cette semaine

Choisissez une seule routine. 

Pas le matin, les devoirs, le bain, le rangement et le coucher en même temps. 

Prenons simplement le départ pour l’école. 

Pendant quelques jours, observez : 

À quel moment dois-je intervenir ? 

Votre enfant ne commence-t-il pas ? 

Commence-t-il puis se perd-il en route ? 

A-t-il besoin d’un rappel à chaque étape ? 

Se bloque-t-il toujours au même endroit ? 

Une distraction précise revient-elle régulièrement ? 

Vous pourriez découvrir que vous avez l’impression de répéter toute la routine, alors que la difficulté se situe en réalité à un endroit beaucoup plus précis. 

C’est cet endroit-là que nous voulons travailler.

« Mais si je l'aide, il ne deviendra jamais autonome ! »

C’est une inquiétude que je comprends très bien. 

Si je lui prépare une liste, est-ce que je ne réfléchis pas à sa place ? 

Si je fractionne les tâches, ne va-t-il pas devenir dépendant de moi ? 

Et si je l’accompagne encore aujourd’hui, quand apprendra-t-il à se débrouiller ? 

La réponse dépend beaucoup de ce que fait notre aide. 

Faire systématiquement à la place de l’enfant et construire une aide qui lui permet progressivement de faire davantage seul sont deux choses différentes. 

Aujourd’hui, vous lui rappelez chaque étape. 

Demain, il apprend à consulter une courte liste avec vous. 

Ensuite, vous n’intervenez plus que lorsqu’il se perd. 

Puis la liste elle-même peut être simplifiée lorsqu’elle n’est plus nécessaire. 

L’objectif est donc bien l’autonomie. 

Mais l’autonomie n’oblige pas à supprimer l’aide d’un seul coup. Elle suppose de faire évoluer cette aide.

Et si je dois quand même continuer à répéter ?

Alors, cette difficulté nous donne une information. 

Peut-être que la routine contient encore trop d’étapes. 

Peut-être que le support choisi ne correspond pas à votre enfant. 

Peut-être que le véritable problème est la transition depuis l’activité précédente. 

Ou peut-être encore que nous sommes face à autre chose : une opposition, une anxiété, une difficulté d’apprentissage, un sommeil insuffisant, une difficulté de compréhension… 

Avoir un diagnostic de TDAH ne signifie pas que tous les comportements de l’enfant s’expliquent par son TDAH. 

Les recommandations françaises elles-mêmes insistent sur une approche globale, multimodale et adaptée à l’enfant et à son contexte. 

C’est précisément ce que je cherche à comprendre avec les parents que j’accompagne. 

Nous ne partons pas simplement de : 

« Il a un TDAH, donc faisons un planning. » 

Nous partons d’une scène réelle. 

Qu’est-ce que l’enfant sait déjà faire ? 

À quel moment cela se complique-t-il ? 

Quelle aide reçoit-il actuellement ? 

Que se passe-t-il lorsqu’il ne fait pas ce qui est attendu ? 

Dans quelles circonstances y arrive-t-il mieux ? 

Parce que la réponse à « il oublie ce qu’il doit faire » n’est pas nécessairement la même que celle à « il refuse ce qu’on lui demande ». 

Pourtant, pour le parent, les deux situations peuvent finir par produire exactement le même sentiment : 

« Je passe ma vie à répéter. »

À retenir

Delphine GIUMMARRA - guidance parentale

Delphine Giummarra

Guidance parentale spécialisée – TDAH, TSA et HPI

J’accompagne les parents d’enfants de 4 à 12 ans à mieux comprendre ce qui bloque dans leur quotidien et à savoir concrètement quoi faire différemment.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Vous connaissez peut-être déjà très bien le TDAH. Vous avez lu, cherché, essayé les routines, les plannings, les récompenses ou les rappels visuels. Et pourtant, dans le quotidien, vous avez encore parfois l’impression de devoir être la mémoire, l’horloge et le moteur de votre enfant. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il vous manque encore une nouvelle « astuce ». Parfois, il faut regarder beaucoup plus précisément où se situe la difficulté chez votre enfant, quelles compétences sont déjà présentes, lesquelles restent fragiles et comment vos interventions peuvent progressivement l’aider à les développer. C’est exactement le travail que je propose en guidance parentale : partir des situations qui se passent réellement à la maison, comprendre ce qui bloque et déterminer quoi faire différemment, concrètement. Lors d’un premier échange, nous pouvons faire le point sur ce qui prend aujourd’hui le plus de place dans votre quotidien et voir quel accompagnement pourrait être pertinent pour votre famille.