Conseils aux parents

Pourquoi mon enfant n’écoute que lorsque je m’énerve ?

Vous demandez calmement. Une fois. Deux fois. Cinq fois. Rien ne se passe. Puis votre ton monte… et soudain, votre enfant s’exécute.

À force, une question finit par s’imposer :

« S’il le fait quand je crie, c’est bien qu’il pouvait le faire avant, non ? »

Il est 19 h 45.

Vous dites à votre enfant :

— Allez, viens te brosser les dents.

Il continue ce qu’il est en train de faire.

Quelques minutes plus tard :

— Je t’ai demandé d’aller te brosser les dents.

Toujours rien.

Vous recommencez. Vous expliquez qu’il est tard. Vous prévenez qu’après, il n’y aura plus le temps pour l’histoire.

Il vous répond :

— Oui, j’arrive !

Mais il ne bouge pas.

À la cinquième demande, vous sentez l’agacement monter.

À la huitième :

— MAINTENANT, TU VAS TE BROSSER LES DENTS !

Et là…

Il y va.

Alors forcément, une pensée finit parfois par traverser l’esprit :

« Il se moque de moi. Il attend que je m’énerve pour m’écouter. »

Et juste derrière, il y en a souvent une autre :

« Je n’ai pas envie de crier. Mais si je ne crie pas, rien ne se passe. »

C’est précisément ce cercle-là que je vous propose de regarder autrement.

Parce que le problème n’est pas nécessairement que vous manquez d’autorité.

Et votre enfant n’a pas nécessairement décidé de vous pousser à bout avant de vous écouter.

Il est possible qu’au fil du temps, une mécanique se soit simplement installée entre vous.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’une mécanique qui s’est installée peut aussi se modifier.

Comprendre ce qui se passe

Reprenons la scène depuis le début.

Pour vous, la consigne a été donnée dès la première fois :

« Va te brosser les dents. »

Mais que s’est-il passé ensuite ?

Votre enfant n’a pas bougé.

Vous avez répété.

Il n’a toujours pas bougé.

Vous avez répété un peu plus fort.

Puis expliqué.

Puis rappelé.

Puis annoncé qu’il n’y aurait bientôt plus le temps pour l’histoire.

Et enfin, votre voix a réellement changé.

C’est seulement à ce moment-là que quelque chose de différent s’est produit.

Si cette séquence se répète régulièrement, votre enfant peut progressivement apprendre, sans que personne ne l’ait décidé consciemment, que les premières demandes ne nécessitent pas encore d’agir.

Le véritable signal annonçant « cette fois, il faut vraiment y aller » peut alors devenir autre chose que la consigne elle-même : le ton qui monte, le parent qui se lève, le compte à rebours, la menace d’une conséquence ou ce fameux moment où l’enfant reconnaît que, cette fois, son parent est vraiment arrivé au bout de sa patience.

Autrement dit, votre enfant n’attend pas nécessairement volontairement que vous explosiez.

Il peut simplement avoir appris que la dixième demande est celle qui compte vraiment.

À retenir

Lorsque nous répétons de nombreuses fois une consigne avant qu’il ne se passe réellement quelque chose, l’enfant peut progressivement apprendre à attendre les répétitions plutôt qu’à agir dès la première demande.

Il ne s’agit pas de chercher qui a « mal fait ». Il s’agit de comprendre une interaction qui s’est installée afin de pouvoir progressivement la modifier.

Mais ce n’est pas toujours une question d’habitude

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Parce que deux enfants qui semblent faire exactement la même chose peuvent, en réalité, rencontrer des difficultés très différentes.

Votre enfant est peut-être tellement absorbé par son activité qu’il n’a pas réellement porté son attention sur votre demande.

Il peut avoir entendu vos mots mais perdu la consigne quelques secondes plus tard.

Il peut savoir parfaitement se brosser les dents et pourtant avoir beaucoup de mal à interrompre ce qu’il fait pour commencer autre chose.

Il peut également ne pas comprendre précisément ce que vous attendez lorsque vous lui dites :

« Prépare-toi. »
« Range. »
« Dépêche-toi. »
« Sois sage. »

Ou il peut avoir appris qu’en argumentant, en attendant ou en négociant, il parvient parfois à retarder une tâche qu’il préférerait ne pas commencer.

Et bien sûr, plusieurs de ces éléments peuvent être présents en même temps.

Chez un enfant avec un TDAH, les difficultés d’attention, d’inhibition, de mémoire de travail, de perception du temps ou de mise en action peuvent notamment compliquer le passage entre :

« Je sais ce que je dois faire »

et

« Je réussis à le faire maintenant. »

Chez certains enfants avec un TSA, il faudra aussi regarder la compréhension de la demande, la transition, la prévisibilité de ce qui va suivre, l’environnement ou encore les compétences nécessaires pour réaliser ce qui est demandé.

Et le HPI, à lui seul, n’explique pas pourquoi un enfant ne suit pas une consigne.

C’est pour cela que la question qui m’intéresse le plus n’est pas :

« Pourquoi refuse-t-il de m’écouter ? »

mais :

« Qu’est-ce qui empêche cette consigne de devenir une action ? »

C’est précisément ce que je cherche à comprendre avec les parents que j’accompagne.

Nous ne partons pas d’une méthode à appliquer coûte que coûte. Nous prenons une situation très concrète : ce qui se passe avant la demande, la manière dont elle est formulée, ce que fait l’enfant ensuite et ce qui se passe après.

Parce que c’est en comprenant où la séquence se grippe que l’on peut savoir quoi modifier.

Ce qui peut entretenir le problème sans que l’on s’en rende compte

Il n’est pas nécessaire d’avoir « mal fait » pour qu’une habitude s’installe.

Très souvent, nous faisons simplement ce qui nous semble logique sur le moment.

Donner la consigne à distance

Vous êtes dans la cuisine :

— Mets ton pyjama !

Votre enfant est dans sa chambre, plongé dans ses Lego.

Quelques minutes plus tard, il est toujours habillé.

De votre côté, vous avez l’impression qu’il n’a pas écouté.

Mais avant de parler d’opposition, une première question mérite d’être posée :

A-t-il réellement porté son attention sur la consigne ?

Entendre une voix provenant de la pièce voisine n’est pas toujours la même chose qu’être disponible pour traiter une demande et la transformer en action.

Répéter encore et encore

— Mets tes chaussures.

— Tes chaussures.

— Je t’ai demandé quoi ?

— Allez, tes chaussures !

— On va être en retard !

— Combien de fois faut-il que je te le dise ?

Chaque répétition paraît parfaitement logique : puisqu’il ne le fait pas, on le lui rappelle.

Pourtant, lorsque cette séquence devient habituelle, les premières demandes peuvent progressivement perdre leur valeur.

L’enfant apprend involontairement qu’il existe encore une marge entre la première consigne et le moment où il faudra réellement agir.

Transformer une consigne en question

— Tu veux aller prendre ta douche ?

Votre enfant répond :

— Non.

Et techniquement… il a répondu à la question.

Lorsque quelque chose n’est pas facultatif, mieux vaut ne pas le présenter comme un choix.

On pourra simplement dire :

« C’est l’heure de la douche. »

Cela n’empêche évidemment pas d’offrir des choix lorsqu’ils sont possibles :

« Tu préfères prendre ta douche maintenant ou après avoir rangé ton jeu ? »

Mais dans ce cas, les deux options doivent réellement vous convenir.

Trop expliquer au moment où il faut agir

Expliquer est important.

Mais toutes les explications n’ont pas besoin d’être données au moment précis où votre enfant doit passer à l’action.

Comparez :

— Mets tes chaussures.

avec :

— Mets tes chaussures parce que je te l’ai déjà demandé trois fois, tu sais très bien qu’on doit partir, après on va encore être en retard et je t’avais pourtant prévenu qu’aujourd’hui…

L’information essentielle risque de se perdre au milieu du reste.

Parfois, moins de mots rendent la demande plus facile à traiter.

Concrètement, que faire ?

Revenons à notre brossage de dents.

Cette fois, au lieu de lancer la consigne depuis une autre pièce, vous vous approchez.

Vous obtenez d’abord l’attention de votre enfant.

Puis vous donnez une consigne courte, précise et réalisable :

« Paul, va te brosser les dents maintenant. »

Pas quatre demandes dans la même phrase.

Pas :

« Range tes Lego, mets ton pyjama, brosse-toi les dents, choisis ton histoire et dépêche-toi. »

Si votre enfant a besoin que les étapes soient fractionnées, commencez par une seule.

Ensuite, laissez-lui un temps raisonnable pour commencer.

Donner une consigne efficace ne signifie pas attendre une réaction dans la seconde.

En revanche, si rien ne se passe, l’objectif n’est plus de répéter exactement la même phrase dix fois en espérant que la dixième produise enfin quelque chose.

C’est là que votre observation devient importante.

S’il n’avait pas réellement porté son attention sur la demande, rapprochez-vous et assurez-vous qu’elle a été reçue.

S’il oublie régulièrement les différentes étapes d’une routine, un support visuel peut parfois remplacer une partie de vos rappels.

S’il est très difficile pour lui d’interrompre une activité, il faudra peut-être davantage travailler la transition que la consigne elle-même.

S’il commence à argumenter sur quelque chose qui n’est pas négociable, évitez que chaque demande se transforme en débat.

Et lorsqu’il commence à faire ce que vous lui avez demandé, faites-le-lui remarquer.

Pas besoin d’un ton exagérément enthousiaste.

Un simple :

« Merci, tu y es allé dès que je te l’ai demandé. »

permet déjà de rendre visible ce que vous souhaitez voir se reproduire.

À tester cette semaine

Ne changez surtout pas tout d’un coup. Choisissez une seule situation qui revient chaque jour. Par exemple : mettre les chaussures, venir à table, commencer la douche, éteindre la console ou aller se brosser les dents. Pendant quelques jours, observez simplement : 1. Est-ce que j’ai réellement son attention avant de donner ma consigne ? 2. Est-ce que ma demande indique précisément ce qu’il doit faire ? 3. Est-ce que je lui demande une chose à la fois ? 4. Combien de temps lui laissé-je pour commencer ? 5. Et surtout : que se passe-t-il s’il ne fait rien ? Cette dernière question est essentielle. Parce que vous découvrirez peut-être qu’il existe chez vous une sorte de compte à rebours invisible : Première demande : rien. Deuxième : rien. Troisième : toujours rien. Quatrième : maman commence à s’agacer. Cinquième : attention, ça approche. Sixième : là, il faut y aller. Votre enfant est peut-être devenu extrêmement performant pour reconnaître le sixième signal. Notre objectif est progressivement de déplacer ce signal : du cri vers la consigne elle-même.

Et si ça ne fonctionne pas ?

Vous faites attention à votre manière de donner la consigne. Vous vous rapprochez. Vous êtes plus concise. Vous arrêtez de répéter dix fois. Et pourtant… votre enfant ne fait toujours pas ce que vous lui demandez. Alors ne concluez pas trop vite : « Encore un truc qui ne fonctionne pas avec mon enfant. » Ce qui ne fonctionne pas est aussi une information. Et c’est souvent là que les choses deviennent particulièrement intéressantes : cela nous renseigne sur ce que nous n’avons peut-être pas encore compris de la situation. Votre enfant maîtrise-t-il réellement la tâche ? Est-ce le fait de commencer qui est difficile ? La transition ? L’organisation ? L’attente ? La frustration ? La compréhension de ce qui est demandé ? Que se passe-t-il habituellement après son refus ? Y a-t-il certaines situations dans lesquelles la même consigne fonctionne beaucoup mieux ? Qu’est-ce qui change alors ? C’est cette analyse qui permet d’éviter de passer sans cesse d’une stratégie à une autre. Parce que parfois, ce n’est pas l’outil qui était mauvais. C’est simplement qu’il ne répondait pas au problème que rencontrait réellement cet enfant-là. Et si cette dynamique existe chez vous depuis longtemps, elle ne disparaîtra probablement pas en trois jours. Vous ne cherchez pas une phrase magique qui ferait soudainement « obéir » votre enfant. Vous êtes en train de modifier une interaction qui s’est parfois répétée des centaines de fois. Cela demande un peu de temps, de cohérence et, surtout, de comprendre ce que l’on cherche à changer.

À retenir

Pour aller plus loin

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Vous pourrez bientôt retrouver également : Pourquoi mon enfant négocie-t-il absolument tout ? Plus je répète, moins il m’écoute : comment sortir de cette spirale ? Il sait ce qu’il doit faire… alors pourquoi ne le fait-il pas ? Et si les crises, l’opposition et les conflits occupent beaucoup de place dans votre quotidien, vous pouvez retrouver l’ensemble de mes ressources dans la rubrique Crises, opposition & conflits.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Vous avez peut-être déjà essayé d’expliquer davantage, de parler plus calmement, d’être plus ferme, de mettre en place des conséquences ou de ne plus répéter. Et malgré tous vos efforts, certaines scènes reviennent encore et encore. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faut trouver une nouvelle astuce. Il peut être beaucoup plus utile de prendre une situation précise et de comprendre ce qui s’y joue : ce qui déclenche la difficulté, ce qui l’entretient et ce que votre enfant a encore besoin d’apprendre. C’est exactement le travail que je propose en guidance parentale. Lors d’un premier échange, nous pouvons faire le point sur ce que vous vivez avec votre enfant et voir si un accompagnement pourrait être pertinent pour votre famille.